Innover Maintenant

POINT DE VUE SUR LA CRÉATION DE VALEUR

donnees

Jean-Michel Jurbert : On entend beaucoup le terme « Big Data» depuis quelques années, et les raccourcis sont fréquents.Le Big Data ne concerne pas que des données de gestion ou de ventes, il doit aussi intégrer  des données qualitatives et issues du web.

Il me semble essentiel de rappeler la définition du Big Data, qui découle des 3V : volume, variété et vélocité. C’est la base pour comprendre ce qu’englobe cette notion. Avant on parlait essentiellement de problématiques de stockage, aujourd’hui les regards et les développements portent sur la capacité à exploiter et transformer la donnée en valeur.

L’Analytics est le premier domaine impacté par le Big Data ; ce qui renvoie à une question essentielle : comment exploiter toutes les informations récoltées, à tous les niveaux de l’entreprise ?

Avec le Big Data, quelles sont les nouvelles tendances en matière de décisionnel ?

Jean-Michel Jurbert : Le décisionnel est aujourd’hui inéluctable. Toutes les entreprises sont concernées, mais ce sont principalement les grands groupes et les institutions publiques qui mettent en place des bureaux d’étude et d’innovation sur le Big Data.

Ce phénomène doit être pris en considération dès maintenant. Le Big Data impacte toutes les organisations, des fonctions métiers au consommateur final, en passant bien évidemment par la DSI.

En premier lieu, on pense aux usages marketing, tels que l’analyse des sentiments pour prendre en compte l’avis des utilisateurs sur les réseaux sociaux. Par exemple, jusqu’à hier, le marketing procédait aux méthodes d’échantillonnage pour procéder à des segmentations. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, la classification peut aller jusqu’à des segmentations plus granulaires, jusqu’au « un pour un », où chaque client est considéré comme un profil unique et qui sera donc traité individuellement. Cette finesse dans l’analyse et la connaissance du client apporte de vraies opportunités en termes marketing.

Viennent ensuite les fonctions support : les ressources humaines, la finance ou la gestion, qui ont vu leurs possibilités exploser face au Big Data. Avant, on y traitait des données agrégées, car il était impossible d’avoir le détail. Aujourd’hui, les données, digitalisées et associées aux technologies d’exploitation du Big Data, nous permettent de nouvelles approches et analyses, plus interactives, plus détaillées, instantanées, comme notamment celles des tickets de caisse, des flux de commande, de livraison … Le temps-réel est là aussi une force indéniable pour une meilleure efficacité opérationnelle.

Enfin, il ne faut pas oublier que les bénéfices du Big Data s’adressent également au consommateur final. De nouveaux services, de nouveaux produits ou des offres plus adaptées lui sont désormais proposées. Les entreprises peuvent désormais innover, en présentant une valeur additionnelle et différenciatrice à leurs clients, aussi bien dans le domaine du BtoB que du BtoC.

Considérons maintenant l’industrie automobile, où les objets connectés ont fait leur apparition. Partout dans le monde, du Japon aux Etats-Unis en passant par l’Europe, on voit de formidables projets émerger grâce aux bénéfices du GPS, aux télécom et à la 4G. Grâce aux capteurs disposés dans nos véhicules, les constructeurs travaillent sur des projets d’anticipation pour l’entretien, destinés à éviter les pannes, également sur des projets de guidage et de conduite en temps réel.

Toujours au service de cette industrie, mais dans le domaine du BtoB, Faurecia a travaillé sur la capacité de refondre sa chaîne logistique en temps réel, prenant en compte toutes les données des lignes de commande, de la production et de la logistique.

Une autre illustration, dans le secteur du transport, avec l’exemple de STM, Société de Transport de Montréal, qui a gratuitement mis en place une application marketing téléchargeable sur son smartphone pour bénéficier des services de promotions en ligne et de fidélisation des clients, optimisant, par ce biais, le temps de transport des usagers.

Qu’en est-il du secteur public ?

Jean-Michel Jurbert : Pour le secteur public, l’Open Data est l’un des grands enjeux BIG DATA des années à venir. Le premier objectif est d’offrir une meilleure transparence en mettant l’information à la disposition des citoyens. Mais encore faut-il disposer des moyens permettant d’analyser de telles volumétries. Pour certains, entre alors en jeu la question de l’intérêt économique lorsque l’on considère que ces données, avec un potentiel d’exploitation, doivent pouvoir être utilisées par des entreprises du secteur privé pour les transformer en valeur.

Vous insistez beaucoup sur le temps réel. Pouvez-vous préciser cette notion ?

Jean-Michel Jurbert : Tout d’abord, il convient de souligner la différence entre instantanéité et temps-réel.

Google est en instantané mais pas en temps-réel, puisque le moteur de recherche a besoin d’indexer l’information avant de la faire remonter dans les résultats.

Le In-Memory permet d’accélérer le temps de traitement mais cela n’est pas suffisant pour répondre aux enjeux de demain. Dès 2006, SAP a pensé à la conception de sa plateforme BIG DATA pour simplifier le paysage informatique et gagner en efficacité opérationnelle, en couplant les systèmes de production de la donnée (logiciel de gestion, service marketing, ventes,…) et le système analytique (décisionnel, datawarehouse,…). Ces capacités de temps-réel sur des systèmes BIG DATA nous amènent à revoir différemment le fonctionnement des métiers de nos organisations.

Le temps réel est, ou sera, le standard de l’économie digitale dans laquelle nous vivons désormais.

Quels sont les réels bénéfices du temps-réel ?

Jean-Michel Jurbert : Prenons l’exemple du secteur de la distribution, qui doit gérer beaucoup de volumes et de stocks entrants et sortants. Les équipes ont besoin de savoir quel est l’état des stocks au temps-t, ce que seul le temps-réel peut permettre. Sachant que le bénéfice final est de concrétiser une vente et de satisfaire le client.

Dans le cas d’une entreprise franchisée pratiquant la vente multicanal, le client peut acheter en ligne un produit mais décider de le retirer dans son point de vente. Le magasin concerné est alors informé en direct de cet achat et peut le prendre en compte lors du passage du client.

Dans un autre domaine, celui des RH, peu de temps réel mais surtout de l’instantanéité permettant de réaliser des simulations budgétaires sur la masse salariale avec une plus grande fréquence pour plus rapidement obtenir la meilleure proposition. On parle ici d’une meilleure efficacité opérationnelle des services.

Avoir un système informatique capable de considérer toutes les notions en temps-réel va devenir une nécessité. Le In-memory computing et la combinatoire OLAP-OLTP en temps réel sont des améliorations majeures de ces dernières années, avec le cloud.

Vous nous expliquez que tous les métiers dans l’entreprise pourront trouver un usage au Big Data. Quel sera alors le rôle des métiers et du DSI ?

Jean-Michel Jurbert : Si l’on veut réellement profiter des possibilités offertes par le Big Data, il faudra mobiliser l’ensemble des acteurs dans l’entreprise. Le DSI sera au centre de la démarche. Il doit désormais comprendre les enjeux de demain. De nombreux clients vont développer leur utilisation du Big Data, cette tendance ne peut pas être ignorée.

Le DSI servira d’intermédiaire : il doit comprendre les besoins et contraintes des métiers, il doit identifier les technologies qui lui permettront de suivre le changement.

Pour les fonctions métiers, le Big Data se traduit principalement par plus de capacité, de confort et d’efficacité dans leur travail. Nous sommes désormais habitués, dans notre vie quotidienne, à cette instantanéité que nous attendons aussi de la part de nos systèmes d’entreprise.

En matière de marketing, les grands groupes traitent des millions voire, des milliards de lignes. Auparavant, ils étaient forcés d’avoir recours à l’échantillonnage ; aujourd’hui, ils peuvent analyser la grande masse et mener des études plus fines. Alors qu’elle prenait généralement plus d’une nuit, il est désormais possible de faire une simulation en quelques minutes seulement. Cette lenteur représentait une forte contrainte pour un responsable marketing qui inconsciemment, cherchait à optimiser les données d’entrée. Grâce au Big Data, il peut désormais lancer une simulation, puis en tenter une nouvelle, puis une autre…Il peut dès lors être beaucoup plus créatif, tout en gagnant en efficacité opérationnelle.

Comment accompagnez-vous les différents métiers impactés dans l’entreprise ?

Jean-Michel Jurbert : SAP est encore connu comme un éditeur leader dans le domaine de l’ERP. Bien évidemment la stratégie SAP est orientée technologie, avec comme objectif principal de pouvoir exploiter le potentiel du Big Data, en y apportant notre expertise métier industrie par industrie.

Nous travaillons beaucoup sur le développement et la recherche à destination des métiers. Nous proposons à nos partenaires et clients de mener des workshops de « design thinking » afin de réfléchir aux challenges actuels et penser librement aux améliorations et innovations de demain, pour gagner en compétitivité et productivité. Expliquer la définition du Big Data, c’est un point de départ. Ce qui importe, c’est d’en comprendre les impacts, et pour cela nous n’hésitons pas à partir d’une feuille blanche.

On réfléchit autour des besoins métiers; et c’est seulement dans un deuxième temps qu’on les confronte à l’approche technologique des DSI est dont le rôle et d’identifier de nouvelles opportunités avec des solutions comme SAP HANA, Hadoop, et des applications innovantes et spécifiques. Notre réflexion vise bien à déterminer comment concevoir les applications de demain.

Nous sommes à un stade où les technologies existantes ont largement de quoi répondre aux besoins métiers. Il faut maintenant savoir comment les utiliser.

Chez SAP, nous proposons des logiciels orientés technologie, pour la gestion des processus, des données, la définition de solutions mobiles etc… Mais surtout , nous développons des applications innovantes basées sur ces technologies. Nous développons des applications sur mesure, selon les besoins métiers, qui par la suite peuvent devenir des standards. Precision-retailing par exemple est destiné au secteur du retail pour le marketing one-to-one, fraud-management s’adresse au secteur public, telcos et banking. Il y a ainsi plus de 40 nouvelles applications métier basées sur les grandes avancées proposées avec SAP HANA.

 

Jean-Michel Jurbert – Bio

Manager Marketing Produit pour Business Objects EMEA jusqu’en 2008 puis, suite à l’acquisition par SAP de Business Objects, j’ai contribué à la création, au sein de SAP, de la structure internationale BI ‘Center of Excellence’ pendant 4 années. Depuis 2 ans, je suis revenu en France, en charge du ‘Business Development’ des solutions SAP HANA, BI & EIM. Je gère désormais la thématique Big Data auprès de nos clients et de notre écosystème partenaires.