Quand il s’agit d’accueillir un événement de portée mondiale, comme les Jeux Olympiques, ou plus simplement de répondre à l’engorgement d’un réseau de transports publics, la réponse des pouvoirs publics depuis des décennies ne varie guère et demeure monolithique : augmenter les capacités. Une stratégie qui a montré ses limites : à peine ces investissements sont-ils réalisés qu’ils se révèlent insuffisants, les nouvelles capacités générant, par leur existence même, un surcroît de trafic.
Et si cette stratégie n’était pas la seule possible ? L’exemple de Londres montre que d’autres pistes de réflexion méritent d’être étudiées. L’idée de TfL (Transport for London), l’opérateur des transports publics locaux ? Ajouter de l’intelligence dans le système pour optimiser l’usage des infrastructures existantes et tenter, via la mise à disposition d’informations en temps réel, d’influer sur le comportement des individus. Une voie que TfL, qui opère un des réseaux métropolitains les plus importants au monde (270 stations de métro, 530 trains qui circulent aux heures de pointe), explore depuis déjà longtemps. Mais qui a été particulièrement mise en pratique lors de la préparation des JO d’été.
L’apocalypse dans le Tube n’a pas eu lieu
A l’occasion de cet événement, les Britanniques ont certes investi 6,5 milliards de livres sterling dans la rénovation et l’extension de leurs réseaux de transport. « Mais aux côtés de ces nouveaux investissements doivent venir de nouvelles solutions », avait prévenu Norman Baker, le ministre des Transports britanniques dans une tribune publiée sur le Financial Times en mars dernier. De nouvelles solutions reposant sur l’analyse en temps réel des données les plus diverses pour rendre le système plus adaptable aux événements à un instant t.
Une stratégie payante si on considère les résultats. Comme l’explique Bill Limond, DSI de la ville de Londres dans un billet de blog, malgré les railleries des sceptiques qui pensaient que le très vieux métro londonien (149 ans d’âge pour les parties les plus anciennes) ne parviendrait pas à encaisser l’afflux de public venu pour les JO, TfL a tenu le choc. Transportant 30 % de passagers en plus que le précédent record.
Réagir en temps réel et prévoir
Dans une vidéo, le directeur des transports pour les JO de TfL, Mark Evers, détaille la recette employée par l’opérateur. Avec, pour ingrédients principaux, la collecte, l’agrégation et l’analyse des données les plus diverses : données issues des passages aux composteurs (dont les cartes Oyster, l’équivalent du passe Navigo de la RATP), informations venant des caméras de surveillance – réseau qui s’est étendu à l’occasion des JO – mais aussi données agrégées et anonymisées venant des téléphones mobiles, fils Twitter (via une technologie d’analyse des sentiments)… Objectifs, selon Mark Evers : « réunir la meilleure information possible sur ce qui se passe en temps réel sur le réseau, sur les stations où les gens s’amassent, sur les directions vers lesquelles ils se dirigent, etc., afin d’être capable de modifier nos opérations en temps réel sur le réseau de transports, mais aussi de trouver, par des analyses, des modes de fonctionnement mieux optimisés pour les jours suivants ».
Gérer les pics, les imprévus, planifier. Mais aussi informer le public, afin que les individus puissent adapter leurs comportements aux contraintes de l’instant, via leurs terminaux mobiles connectés. A l’occasion des JO, TfL a d’ailleurs déployé un réseau Wi-Fi gratuit permettant aux utilisateurs du métro d’être informés en temps réel de l’état du trafic via des applications fournies par TfL. C’est aussi ce réseau qui sert à collecter les données anonymisées des téléphones portables.
Pour établir ses prévisions de trafic (lieux encombrés et heures de pointe), la société s’est associée au Centre for Advanced Spatial Analysis, un centre de recherche d’une université londonienne. Selon The Economist, ce dernier étudiait également, à l’occasion des jeux, la façon dont les gens réagissent aux conseils de TfL. L’objectif étant cette fois d’anticiper la réaction des passagers à un message émis par l’opérateur de transports. Un nouvel obstacle à franchir dans la compréhension des flux irriguant une grande métropole, sujet sur lequel TfL semble bien avoir un métro d’avance
En complément :
- Gérer les flux en temps réel : des quais d’un port marchand aux rues des grandes villes



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